Vivre et l'écrire

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Balnéothérapie

Fin juin, j'ai eu ma première séance de balnéothérapie. Rien de bien extraordinaire me direz-vous. Oui sauf qu'il m'a fallu quatre bon mois de recherches avant d'en trouver une !

 

Alors je vous rassure tout de suite le kiné balneotherapeute n'est pas une de ces espèces sous-marines en voie de disparition ! Non, non ! Il y en a même trois qui logent vraiment tout près de chez moi. Le problème c'est qu'ils ont tous adopté une même pratique pour le moins étrange : celui de faire construire des piscines inaccessibles pour les personnes se déplaçant en fauteuil roulant ! Je ne sais pas comment m'était venue cette idée totalement saugrenue mais figurez-vous que je m'étais imaginé que la balnéothérapie était notamment destinée aux personnes ayant des problèmes de mobilité. Il se trouve que j'en ai quand même un petit peu même si mon agilité et ma souplesse ne me donnent pas l'air d'en avoir. C'est mon côté mobile homme.

 

Lorsque j'ai commencé à prospecter autour de chez moi j'ai eu affaire à des kinés à l'air plus ou moins désolé qui m'expliquaient que si le cabinet était accessible la piscine ne l'était pas. Ce n'est pas comme si une certaine loi promulguée en 2005 donnait dix ans à tous les lieux accueillant du public pour se mettre aux normes ! Laquelle loi à été votée pour palier le non respect de la loi de 1975 ! En clair, cela ne fait pas dix ans mais quarante ans que l'on attend cette fichue accessibilité dans de trop nombreux lieux encore. Et encore la loi de 2005 à été agrémentée de dérogations en tout genres ou d'une prolongation des délais pour tous ceux qui se sont aperçu subitement le 31 décembre 2014 qu'ils n'auraient pas le temps ou l'argent (ou la volonté? ) pour réaliser ces aménagements avant la date butoir.

 

Il est vrai que les personnes handicapées vivent dans un monde à part et n'ont pas de vie sociale. Et puisqu'en France nous en sommes encore à l'âge de pierre de l'accessibilité, il est évident par exemple que nous n'avons pas besoin d'aller dans une boutique de vêtement pour nous vêtir. Il nous suffit pour cela d'aller chasser le mammouth à roulettes et d'avoir sa peau pour s'en faire des vêtements. Alors je sais bien qu'un commerçant, un kiné, ou autre n'a pas forcément les moyens de financer ces travaux mais n'existe t-il pas des solutions quand même ? J'en doute surtout si l'on tient compte du délai accordé. Sinon comment se fait il que d'autres pays y parviennent et qu'une accessibilité des lieux soit effective depuis bien des années parfois ? Vous ne trouveriez pas normal que ce soit le cas aussi chez nous ?

 

Tenez prenez par exemple un architecte handicapé qui aurait un jour la lubie de construire un bâtiment sans escaliers. Aux pauvres valides qui lui poseraient la question, il répondrait sûrement qu'ils seraient servis au pied de l'immeuble puisque leur condition physique ne leur permet pas d'accéder aux étages de manière autonome. Au pire s'ils ont vraiment besoin d'y accéder on fera appel à des funambules, des alpinistes, voire même des cascadeurs pour les aider. Ça évitera des travaux supplémentaires d'aménagements qui coûteraient trop chers.

 

En ce qui me concerne, je trouverais ça anormal parce que je considère que les personnes valides sont des gens comme les autres. Elles ont autant droit à l'accessibilité qu'une personne handicapée. Vous trouvez le raisonnement de l'architecte absurde ? C'est pourtant des arguments que j'entends bien trop souvent aujourd'hui encore...

 

Mais pour en revenir à ma quête d'un cabinet de balnéothérapie j'ai quand même eu droit à quelques explications qui ont failli me faire bondir de mon fauteuil.

 

Au palmarès des excuses qui ne tiennent pas debout il y a ce kiné qui me disait que son plafond était trop bas pour pouvoir installer un lève personne et cet autre qui m'affirmait que ça n'a pas été prévu alors que le bâtiment est neuf.

 

Concernant le premier cas, le plafond se trouvant à une hauteur standard j'en déduis donc que l'aménagement sera possible le jour où on l'autorisera à installer son cabinet dans une cathédrale. Mes connaissances en aménagement de cathédrales sont assez moyenâgeuses mais quelque chose me dit que ça va pas se faire de suite ! Quant au second cas puisque les locaux sont neufs, il suffisait de prévoir l'aménagement dès le départ dans la construction de la piscine, non ?

 

Mais n'étant pas en kit, je ne me suis pas démonté pour autant et je me suis jeté de nouveau dans un grand bain de recherches tout en faisant le vœu que mes espoirs ne sombrent pas dans des profondeurs inaccessibles. Mais après plusieurs essais s'étant soldés par autant de refus j'ai fini par croire qu'une balnéo accessible dans les environs était aussi introuvable que les vestiges de l'Atlantide.

 

A force de tomber sur des os, j'aurais pu finir par en avoir plein de dos de ces histoires d'eaux pas très claires au point de jeter l'éponge. Que nenni, c'est mal me connaître ! C'est que voyez-vous quand ça me prend, je ne suis pas têtu comme une simple mule. En fait c'est pire que ça : têtu, je le suis carrément comme un troupeau de mammouths ! Et oui, malgré les apparences je ne suis pas sans défense quand il s'agit de défoncer quelques tours d'Ivoire. J'ai des ressources et elles ne sont pas seulement documentaires.

 

Alors j'ai poursuivi mes investigations en décrochant mon téléphone pour jeter des allô un peu partout, du pourtour de l'étang de Berre jusqu'à Velaux ou même Allauch...Bon j'avoue que c'est faux pour ces deux dernières villes, je disais ça juste pour jouer avec les mots. Et puis pour Velaux j'en connais qui y habitaient ou qui y habitent encore alors je profite de l'occasion pour les embrasser. Pour être parfaitement honnête j'avoue également que l'on m'a parlé d'un centre accessible ainsi que d'un cabinet, tous les deux à Marseille mais je voulais une balnéo plus proche de chez moi et surtout éviter de mettre des plombes pour y aller à cause des embouteillages (chose inexistante à Marseille comme chacun sait.)

 

Bref j'ai fini par trouver un centre de balnéothérapie à Rognac. Mais celui-ci ne m'est accessible que parce que j'ai la capacité de gravir sur les fesses les trois ou quatre marches qui donnent accès à la piscine. Autrement dit que pour une personne qui ne peut pas se lever de son fauteuil ce ne serait toujours pas possible en dehors de Marseille d'avoir le droit de bénéficier à des séances de balnéothérapie...

Au final, à défaut d'avoir pu trouver une balnéo réellement accessible à tous, j'ai pu au moins nager très souvent... mais en plein délire !

 

Publié sur Facebook le 18/07/2015



21/10/2015
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