Vivre et l'écrire

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L'accessibilité, ce n'est pas du cinéma

Pour le premier de l'an, une amie m'a proposé un ciné. Nous avons choisi le tout nouveau cinéma de Vitrolles "accessible" aux personnes handicapées.

 

Ne me faites pas dire ce que je n'ai pas dit. Je n'ai pas dit qu'il s'agissait d'un cinéma accessible, mais d'un cinéma "accessible". Quelle est la différence ? Dans le premier cas, une personne se déplaçant en fauteuil roulant peut circuler partout de manière autonome pour se placer où bon lui semble. Dans le second cas , elle peut également se déplacer mais à condition qu'on l'aide à grimper des marches qui du coup deviennent accessibles (oui, c'est magique !).

 

Mais attention, il ne faudrait pas confondre cette salle de cinéma "accessible" (on vous aide, donc vous pouvez y accéder) avec une salle de cinéma non accessible (on ne vous aide pas donc vous ne pouvez pas y accéder). Je ne sais pas si vous parvenez à saisir la nuance, tant elle peut paraître subtile. Moi-même qui ai pourtant l'habitude de fréquenter toutes sortes de lieux "accessibles" et inaccessibles, j'ai encore bien du mal à la saisir par moments.

 

Dans la salle où je me trouvais hier, il y avait toute une série de marches le long de l'allée. Si j'avais écouté les consignes, j'aurais dû me placer au tout premier rang, juste devant l'écran (pour le placement, il n'y a pas mieux surtout si l'on souhaite ardemment se bousiller les yeux) tandis que Myriam aurait dû se placer ailleurs. C'est vrai que si je vais au cinéma avec des potes, c'est pour que nous allions ensuite regarder le film séparément chacun dans notre coin !

 

Alors on a gravi les marches pour pouvoir se placer ailleurs ENSEMBLE. Avec de l'aide bien sûr en ce qui me concerne, parce que je n'ai pas du tout pensé à porter avec moi ces foutus ressors qui m'auraient permis de les monter tout seul (sans toutefois faire "Houba ! Houba !". J'étais très heureux de pouvoir me faire un ciné avec ma Myriam mais je sais quand même me tenir et paraître sociable et civilisé). Et bien oui, figurez-vous Messieurs et Mesdames les décideurs que l'on peut être handicapé tout en étant une personne AUTONOME qui a très envie de le rester ! Je sais que je fais jeune mais tout de même, j'ai passé l'âge d'avoir envie d'être assisté comme un gamin dans mes moindres faits et gestes. A la fin de la séance, par contre, j'ai rendu moi-même accessibles ces escaliers en les descendant sans aucune aide. Et bien oui, à force d'en avaler, ma technique est parfaitement rodée au point d'avoir aujourd'hui une très bonne descente (...d'escaliers, je précise. J'évite de boire avant de piloter mon fauteuil, j'aurais trop peur qu'on me saisisse le véhicule après m'avoir fait souffler dans un ballon).

 

Bref, il s'agit d'un cinéma dont la construction date de l'an dernier. Il aurait dû répondre aux normes d'accessibilité imposées par la loi de 2005. Malgré ces impératifs, ses concepteurs se sont quand même débrouillés pour réfléchir avec leurs pieds alors que dans ce cas précis il aurait fallu qu'ils réfléchissent avec des roues. Mais comme leur conception de l'accessibilité ne tourne pas très rond, ce nouveau cinéma n'est finalement pas une affaire qui roule pour les personnes se déplaçant en fauteuil roulant.

 

J'espère que tout le monde dans ce pays n'a pas la même conception de l'accessibilité sinon cette pauvre loi de 2005 déjà vacillante ne tiendra plus debout encore bien longtemps à force d'être malmenée et les choses finiront par très mal tourner pour nous.

 

Publié sur Facebook le 02/01/2016



02/01/2016
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